Notre histoire

Comment une conversation entre deux amies a-t-elle pu déclencher une chaîne d’événements qui allaient toucher la vie de milliers de femmes et de filles au Canada?

En 1986, il n’existait au Canada aucune organisation-cadre conçue pour les personnes qui voulaient contribuer à faire progresser l’égalité des femmes.

Mais en mars de cette année-là, deux anciennes camarades d’école, Nancy Ruth Jackman et Susan Woods, ont eu une conversation qui allait non seulement changer cet état de fait, mais aussi déclencher une chaîne d’événements qui, des décennies plus tard, mèneraient à l’amélioration de la vie de milliers de femmes et de filles partout au  Canada.

Plusieurs années après cette conversation, Nancy Ruth et Rosemary Brown, une politicienne féministe de Colombie-Britannique, constataient l’absence de tout mécanisme permettant aux femmes de faire des dons de bienfaisance dans le but d’aider les autres femmes et de contribuer à changer les systèmes qui étaient à la source des inégalités. Selon elles, un tel instrument devait absolument être créé. Elles savaient qu’il était possible de favoriser le changement social en versant des subventions à des organisations communautaires qui étaient en position de saisir ces occasions afin d’aller plus haut et plus loin.

Nancy Ruth connaissait les résultats d’une étude menée par LEAF (Women’s Legal Education and Action Fund), selon laquelle seulement 2 % des dons de bienfaisance en provenance des entreprises et des fondations étaient orientés vers des offres de services aux femmes et aux filles. Cette réalité l’a poussée à devenir une philanthrope « féministe ».

En ce beau jour de mars ensoleillé, alors que Nancy Ruth et Susan, après avoir sorti des chaises longues du garage et les avoir installées dans l’allée de stationnement pour prendre le déjeuner, se sont mises à discuter des possibilités, il n’est pas étonnant que leur conversation en soit venue à tourner autour des femmes, du pouvoir, de l’égalité et de l’argent.

Elles se sont posé les questions suivantes : que faudrait-il faire pour instaurer une véritable égalité pour les femmes et les filles au Canada? Que faudrait-il faire pour mettre fin à la violence familiale et à la violence faite aux femmes? Que faudrait-il faire pour sortir les femmes de la pauvreté? De quoi les femmes et les filles auraient-elles besoin pour prendre pleinement possession de leur pouvoir?

Féministes, Nancy Ruth et Susan comprenaient ce qu’étaient les changements systémiques. Ensemble, elles représentaient une puissante combinaison alliant compétences en gestion et moyens financiers. À la fin du repas, Susan avait conclu un contrat avec la NaRuth Foundation et s’engageait à créer un instrument conçu spécialement pour faire progresser la philanthropie des femmes.

Quelques semaines plus tard, après une séance de remue-méninges avec des collègues, Nancy Ruth et Susan ont lancé une singulière invitation : « Venez à une rencontre pour discuter des moyens à prendre afin d’éliminer le sexisme pour de bon au Canada. »

Intriguées, des femmes appartenant aux réseaux de  LEAF et du centre YWCA ont répondu à l’appel et se sont réunies dans une salle de conférence du cabinet d’avocats Tory. Les membres du groupe se sont ensuite rencontrées régulièrement et ont graduellement élaboré une idée de départ pour une nouvelle fondation de bienfaisance au Canada vouée aux femmes et aux filles. Elles ont organisé des discussions avec des femmes de partout au pays en les invitant à contribuer à établir ce que seraient les objectifs et les valeurs de la fondation proposée ainsi que le type de financement qu’elle offrirait.

Après de nombreux échanges de réflexions et d’idées et beaucoup de travail, la Fondation canadienne des femmes a vu le jour. Les mères fondatrices ont choisi ce nom parce qu’il évoquait une organisation ancienne et bien établie, alors que la Fondation était toute nouvelle!

En 1991, la Fondation canadienne des femmes a été officiellement lancée. La NaRuth Foundation a fait un don de 50 000 $ pour aider la jeune organisation à prendre son envol et lui donner les moyens d’entreprendre des activités de collecte de fonds. Au cours de sa première année d’existence, la FCF a versé 40 000 $ en subventions à diverses organisations de femmes. Julie White, qui avait participé à la première rencontre et qui était responsable à l’époque des dons de charité à la société Levi Strauss du Canada, est devenue la première présidente du conseil de la Fondation et a joué un rôle central dans la promotion et la réalisation de ses projets.

Quelques années plus tard, la Fondation a reçu un montant additionnel de 500 000 $ de Nancy Ruth. Nancy a généreusement versé ce montant car elle s’était engagée à égaler la totalité des dons effectués au cours des cinq premières années d’activité de la Fondation. Mary, la mère de Nancy, a également fait un don de 500 000 $.

Depuis 1991, la Fondation canadienne des femmes a investi plus de 40 millions de dollars en subventionnant plus de 1 200 programmes communautaires et la totalité des maisons d’hébergement pour femmes violentées au Canada.